Barkley 2024 : immersion dans la course la plus dure du monde avec Maxime Gauduin

La Barkley Marathons, course mythique et redoutée, est connue pour être l'une des épreuves les plus dures au monde. Avec ses 200 km, ses 20 000 m de dénivelé positif, ses codes si particuliers et son orientation exigeante en pleine nature, elle ne compte que quelques finishers en près de 40 ans d'existence. En 2024, Maxime Gauduin, fondateur de Trails in France, a eu la chance de prendre le départ de cette course légendaire. Pour sa première participation, il a réalisé 3 tours, ce qui lui permet d'être Dans cette interview, il revient sur sa préparation, les moments forts de la course et les enseignements qu'il en tire.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m'appelle Maxime Gauduin, j'ai 37 ans. J'ai commencé par la natation avant de découvrir la course d'orientation à l'adolescence. C'est ce sport qui m'a amené aux disciplines outdoor et, progressivement, au trail. Dans les années 2000, le trail était encore peu connu, mais avec mes amis, nous courions déjà sur les terrils du Nord pour nous entraîner à la course d'orientation, mon sport de base et de cœur. Ensuite, en m'installant dans les Alpes, à Grenoble, j'ai commencé à explorer la montagne et à allonger les distances, et à fréquenter notamment les sommets de Belledonne. 

En 2013, avec mon frère, on avait décidé de participé à l'Échappée Belle en relais, dans mon massif de coeur, Belledonne. Et c'est vraiment cette cours-là qui est le point de départ de ma carrière d'ultra-traileur. Première expérience avec l'ultra, première expérience aussi avec les hallucinations, et petit à petit, l'envie de découvrir des choses qui me paraissaient impossibles, comme la Diagonale des Fous, en 2018. En 2019, j'ai gagné la première Backyard en France en Chartreuse, un format inventé par Laz le créateur de la Barkley. À ce moment là, je me suis dit que que j'avais la légitimité pour postuler à la Barkley.

J'ai enfin pu participer en 2024 à cette course mythique qui me faisait rêver depuis pas mal de temps, et qui est maintenant au centre de projet d'athlète.

La préparation

Sur quoi avais-tu mis l’accent lors de ta préparation ? L’orientation ? La distance ? Le hors-sentiers ?

En tant qu'orienteur, l'orientation et le hors-sentier ne me faisaient pas spécialement peur, même si on n'a pas des pentes à 40% et à 50% sur des grosses orientations. En tout cas, je savais que j'étais relativement agile sur ce terrain-là, mais je me suis quand même entraîné pour.

Mon vrai point faible, c'était la partie physique : je n'avais jamais vraiment fait de format très long. La distance totale (200 km), je l'ai déjà effectuée sur une Backyard, qui est quand même un effort très différent. Et le dénivelé de 20 000 mètres de dénivelé positif, je ne l'avais jamais fait en une seule fois. C'est ça qui est le plus impressionnant.

Je me suis vraiment préparé à fond et j'ai mis le focus sur le dénivelé avec l'aide de mon coach, Lilian Gugliero, qui m'a aidé et a donné les clés pour structurer mon entraînement et progressivement atteindre des volumes en dénivelé assez importants. Début 2024, j'ai réalisé 70 000 mètres de dénivelé positif et négatif sur deux mois : c'est autant que tout le dénivelé de 2023 que j'avais pu faire !

Est ce que ton profil de coureur d’orientation t’a avantagé sur certains aspects ?

Oui et non. L’orientation pure aide, mais la Barkley n’est pas une simple course d’orientation. C'est plutôt un suivi d'itinéraire imposé avec un petit jeu de piste. Il faut se détacher de la carte et du roadbook qui est très… poétique.

Être orienteur ne suffit pas comme être ultra-traileur ne suffit pas. Il faut vraiment avoir une palette très complète de cordes à son arc pour s'en sortir dans ce dédale d'énigmes et de terrains très particuliers. En fait, c'est une épreuve totalement unique. Je vis un peu ça quand on encadre sur les stages en orientation avec ARVIK sur les cartes IGN, où on est parfois dans un espèce de flou artistique en lien avec la carte qui n'est pas parfaite. Sur la Barkley, c'est un peu la même chose, parce que la carte n'est pas toujours très juste, ce qui est complètement différent en course d'orientation, où les cartes sont exactes. 

La course

Que ressens-tu au moment où Laz souffle dans le coquillage pour donner le départ ?

Ce qui est particulier pour moi, c'est que j'avais gagné la Barkley Fall Classic l'automne précédent, donc j'étais déjà familier avec le parc de Frozen Head, . Le jour J, la conque a été soufflée à 4h17 du matin, alors que j'essayais de dormir tant bien que mal, même si ce n'est pas facile de dormir avant une course comme celle-là. 

Une fois la conque soufflée, on a une heure pour se préparer : on est complètement dans l'action, on essaie de ne rien oublier, d'optimiser chaque minute. Je suis arrivé sur la ligne de départ, vraiment à la dernière minute, avec mon gros manteau sur le dos à cause du froid. C'était un départ assez brouillon, pas vraiment dans l'émotion, mais plus dans la stratégie pour réfléchir à comment faire la meilleure performance possible.

Maxime Gauduin Barkley 2025

Quel a été le moment où tu as réalisé que la Barkley était différente de toutes tes autres expériences ? 

Il y avait beaucoup de concurrents de très très haut niveau sur la Barkley 2024, et moi j'étais dans ce peloton composé de champions, c'était impressionnant. En même temps, tout le monde était très nerveux parce qu'on sait tous que les stats jouent contre nous. Tout le monde essaie de jouer devant et en même temps de collaborer. C'est assez particulier.

Après quelques livres, j'ai fait une grosse erreur d'orientation sur la nouvelle section sur laquelle je suis parti un peu tout seul avec Thomas, un Néerlandais. Sur cette section-là, je n'aurais jamais dû partir seul. J'ai perdu pas mal de temps. Je me suis retrouvé à déchirer ma page après ce petit groupe de têtes qui était vraiment composé d'une vingtaine de coureurs très expérimentés et élites. Je me suis dit que ma Barkley était foutue, que je ne les rattraperai jamais. Et puis dans la partie suivante, j'ai mis une petite cartouche et finalement j'ai recollé très vite au groupe de têtes. À ce moment-là, je me suis dit que j'étais à ma place.

Sur la Barkley, tu es vigilant à toi, mais aussi aux autres. Tu profites d'être avec ces grands champions en essayant d'apprendre d'eux, de leur expérience. On n'est pas vraiment dans la compétition : chacun essaie de donner le meilleur de lui-même sur la Barkley, en se servant des autres participants. 

Mais le niveau est extrêmement élevé. Ceux qui participent à une Barkley n'ont pas forcément des références sur des courses qui parlent à tout le monde, mais sur ces terrains-là, qui sont très spécifiques, avec de la grosse pente, du hors-sentier, de l'autonomie totale, c'est vraiment ce qui se fait de mieux au monde. Être avec ces personnes-là, qui sont pour moi les aventuriers ultimes, ça a été une expérience de dingue.

C'est vraiment quand j'ai arrêté la course que j'ai réalisé à quel point ces gens-là étaient incroyables et à quel point j'avais eu de la chance de courir avec plusieurs finishers de la Barkley.

Est ce qu’il y a eu des moments ou tu as été complètement perdu ? Et comment as-tu as réagis à ça ?

C'est arrivé beaucoup plus vite que prévu. J'avais prévu de faire un premier tour bien sage et en essayant des points de repère. Au final, sur la nouvelle section, je suis parti devant et pas tout à fait dans la bonne direction.

En tout cas, je n'ai pas pris l'itinéraire qui était recommandé et je suis allé un peu trop loin sur cette nouvelle section qui s'appelle le Rusty Spoon Trail. Je me suis retrouvé au mauvais endroit au bord de la rivière. Et là, effectivement, j'ai eu un moment de panique à me dire « je ne suis pas au bon endroit, je ne peux compter que sur moi-même ». J'étais avec Thomas Dunkerberg, le Néerlandais, mais il ne savait pas non plus où on était. On pouvait vraiment tout confondre à ce moment-là.

J'ai vraiment fait appel à mes capacités d'orienteur. En prenant la boussole, j'ai bien vu que l'orientation de la rivière, n'était pas tout à fait dans le même axe. Ça m'a permis de vite me repérer et j'ai compris que j'étais en aval de la rivière. J'ai réussi à retrouver mon chemin grâce à ma boussole et finalement je n'ai perdu qu'une dizaine de minutes.

Plus tard dans la course, j'ai refait une erreur, alors que je courrais avec Albert Herrero qui est champion du monde de rogaining, un discipline dérivée de la course d'orientation. En orientation, les erreurs se payent cash, mais grâce à Albert, on s'est vite relocalisé, et on a pu continuer. 

Qu’est ce que la Barkley t’a permis d’apprendre sur toi-même ?

La Barkley c'est vraiment une course très particulière, où on sent que chacun donne le meilleur de lui-même, quel que soit son rôle : les coureurs bien sûr, mais pas seulement ! Les assistants, les organisateurs, tous ceux qui sont présents sur place aussi, c'est donnent le meilleur d'eux-même, pas seulement dans le sport, mais aussi dans l'attitude, les relations… 

C'est une épreuve individuelle, mais clairement il y a une dimension collective qui est indéniable et qu'on retrouve aussi dans les autres courses créées par Laz. Et quand on fait des erreurs, ça fait partie de la vie. Le fait de vivre cette situation en étant pleinement dans l'instant présent, en donnant le meilleur possible, c'est quelque chose qui me suit depuis cette Barkley 2024. 

Si tu devais retenir une seule chose de la Barkley ?

L'ambiance de la Barkley est vraiment très particulière, à la fois on est coupé du monde sur place, à part les concurrents et leurs assistants, il y a vraiment très peu de personnes… Par contre, de partout dans le monde il y a des gens qui nous suivent, sans pour autant avoir des masses d'informations, et c'est assez étrange. Après honnêtement, cela peut paraître assez surprenant, mais j'ai vécu la Barkley 2024 comme un événement presque "normal", où je me suis senti dans mon élément, avec tous ces champions autour de moi… J'ai compris là-bas que savoir maîtriser ses émotions, garder la tête froide, et se concentrer sur ce qu'on fait à l'instant présent est vraiment la clé pour réussir et performer dans cette épreuve incroyable. 

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